Patronne de la Coopérative de Vieux Théiers



Patronne de la Coopérative de Vieux Théiers
Barbara Dufrene
Portrait de Lâm Thi Kim Thoa.

Après 4 h de route nous arrivons en haut dans les collines, c’est le village de Soui Giang. Nous faisons halte devant une belle maison neuve en rondins de bois, un étal sur la rue propose souvenirs locaux, beaux objets en pierre dure polie et puis les thés des vieux arbres. C’est là que Lâm Thi Kim Thoa nous salue au passage, mais d’abord il faut présenter nos respects au responsable politique de la commune, dans sa mairie aux petits drapeaux rouges, qui héberge aussi l’école primaire. N’oublions pas que le Vietnam est une république démocratique, mais qu’un seul parti y est autorisé : le PC. Tout passe donc par ses fonctionnaires.
Après ces politesses obligatoires nous nous dirigeons enfin vers la forêt des vieux théiers, c’est impressionnant (voir art 3.)

Au retour de cette marche d’exploration de 2 heures environ, la tasse de thé nous attend pour nous rafraîchir et nous défatiguer, car la journée a commencé très tôt. Tout en dégustant la tasse je demande à voir les feuilles infusées, cela les laisse interdits. C’est une jeune économiste du bureau du développement rurale qui me sert d’interprète et c’est ainsi que j’apprends la fonction importante de notre hôtesse : cela fait trois ans qu’elle préside la coopérative du thé !

Je lui montre mon admiration, elle est ravie et puis étale deux nattes ouvragées au sol. Est-ce pour me les vendre ? mais non, c’est pour déjeuner. Ce sera mon premier repas au sol, fort animé et agréable, Mme.Lâm et son mari, M.Hung, mon interpréte, le chauffeur et moi, et puis l’agent de police local, en uniforme, en ami? en mission de surveillance? Les femmes boivent du thé, comme en Chine on infuse encore et encore, le chauffeur boit du «red bull local» et les autres une boisson fermentée qui les rend fort hilares. Pendant que nous mangeons une personne rentre et passe dans l’arrière cuisine, nous verrons après qu’elle s’y est installée pour trier des feuilles de thé.

Quelle est le volume de la récolte annuelle ?? Mme. Lâm estime à une tonne, mais souligne qu’avec une cueillette mieux organisée cette quantité pourrait doubler. La coopérative paye le kg de feuilles fraîches 25 000 VN Dong, environ o,65 €. Le thé manufacturé par les agriculteurs dans leurs ateliers est payé entre 250 000 et 400 000 VND, donc de 6,0€ à 9,6 €par kg.
Elle souhaiterait motiver d’avantage ces familles qui participent à la récolte des thés et elle est ravie des projets développés par M.Hung, qui visent la complète réhabilitation de cette forêt originelle de vieux théiers sauvages. Non seulement il s’agit d’un patrimoine botanique naturel exceptionnel, mais c’est une source de revenue non négligeable.

Elle me montre alors ses différents thés, toujours emballés sous vide et en paquets de 200g, comme à Thai Nguyen ; il y a 3 grades de qualité
**les thés «neige des montagnes» ou Shan Thuyet, faits avec les bourgeons duveteux du «first flush» qui sont les plus exquis et les plus recherchés
**les cueillettes qui suivent et qui sont moins fines et aux feuilles plus matures
**les thés âgés, de 2 à 3 ans, et qui rappellent certains Pu’er crûs et maturés de l’autre coté de la frontière.
J’achète deux paquets pour les déguster avec mes amis- thés à Paris, je promets de la tenir au courant de leur appréciation, Mr.Hung veut bien être en cc !

Enfant du pays, Lâm Thi Kim Thoa a choisi elle-même de rester à Suoi Giang. Appartenant à l’ethnie Hmong elle s’habille toutefois à l’européenne. Depuis sa prise de fonction elle s’est déjà beaucoup investie pour l’amélioration des conditions de vie de la minorité Hmong, qui possède ce territoire des théiers en propriété commune. Après une assez bonne récolte l’an passé elle a pu acheter des nouvelles machines : deux gros tambours de séchage, chauffés au gaz et flambant neufs. Elle nous amène pour nous les montrer. Ce nouvel équipement permettra d’améliorer la qualité des thés et elle en est très fière.

En traversant le village tribale sur un chemin en terre elle nous confirme que les théiers ne sont pas du tout traités. D’abord tout appartient à tous et donc personne ne mettra des fonds pour l’achat de produits, mais surtout l’air très pur et l’absence de toute installation industrielle rendent le traitement inutile.
En partant elle me demande de l’aider à faire connaître ces thés en dehors des frontières ; elle souligne qu’au Vietnam notamment les thés «neige des montagnes» sont déjà très réputés et recherchés. C’est le grand âge des arbres qui donne aux feuilles cette qualité gustative et ces saveurs doux, frais même pétillantes et complexes avec des notes de fleurs et de cuir et de sous bois à la fois. A découvrir absolument !